Archive pour la catégorie 'Parasha de la semaine'

La Parasha de la semaine : Michpatim

Vendredi 1 février 2008

Avec Rabbi Na’hman, par le Rav Eliahou Haviv, et envoyé par Mikael… 

 

« La Torah est cachée et dévoilée et Dieu aussi est caché et dévoilé. C’est-à-dire que ce qui nous est dévoilé est le vêtement, l’aspect extérieur, tandis que ce qui nous est caché est l’intériorité. Par conséquent chaque être humain doit s’empresser d’atteindre l’intériorité qui lui est voilée. » (Likoutey moharan 73, tome 1) 

Chaque fois qu’un juif prononce le Chéma Israël il pose sa main devant les yeux. Lors de cette formidable prière il affirme que « Hachem E’had – Dieu est Un ». Pourquoi doit-on fermer les yeux quand on proclame l’unité de Dieu ? La réponse est simple, c’est parce qu’elle n’est pas visible. 

Ce voile du E’had provient du fait que le monde a été créé sur la base d’une dualité voilant l’unité et évoquée par la première lettre de la Torah, le Bèt du mot Béréchit, dont la valeur numérique équivaut à deux. Ainsi chaque élément de la création est composé d’un double aspect, un aspect extérieur visible et une réalité cachée, un corps et une âme. Réunir ces deux aspects revient à avoir une connaissance authentique de l’existence et à établir une harmonie qui nous rapproche de l’unité de Dieu. 

Néanmoins cette donnée n’est pas exclusive à la dimension spirituelle de l’existence, elle transcende tous les domaines de notre vie. Chaque situation, chaque relation humaine et chaque information peuvent faire l’objet d’une analyse trompeuse basée sur le seul aspect extérieur ou, et c’est la noblesse de l’homme, nous appeler à rechercher la dimension cachée, détentrice du réel message qui est contenu dans les situations, les relations humaines et les informations auxquelles nous sommes quotidiennement confrontées. 

La plupart d’entre nous ne comprenons pas le fonctionnement d’une voiture bien que nous sachions l’utiliser. Mais le garagiste connaît ce qui nous est caché et quand nous avons un problème mécanique, la même situation qui nous échappe lui est parfaitement connue, ainsi il peut faire ce que nous sommes incapables de faire, réparer. Le soldat à l’armée ou l’employé d’entreprise n’est pas toujours conscient de la raison des décisions de son supérieur parce qu’il manque de données, il n’a pas accès aux secrets des chefs. Dans nos discussions mondaines, l’étalage d’une culture que les autres ne possèdent pas donne l’avantage en société. A tel point qu’on admet volontiers aujourd’hui que celui qui détient la connaissance détient aussi le pouvoir. 

Chaque juif se trouve constamment en face d’une alternative parfois lourde de conséquences. Il a le choix entre rechercher et s’attacher à l’aspect intérieur, l’âme, des choses et retrouver ainsi la présence de Dieu, ou alors analyser les différents domaines de l’existence uniquement par rapport à leur aspect extérieur, superficiel, le corps. Or, de la même manière qu’un corps sans âme meurt, une approche de la vie sans recherche d’intériorité correspond à une mort spirituelle, une déconnexion du but réel de l’existence. Car la vérité ne se trouve pas dans ce que l’on voit, elle est humblement cachée et ne se dévoile qu’à ceux qui la recherchent. Dieu est la cause ultime de toutes les causes, la réponse à toutes nos questions, Il est pourtant le plus caché de tous. Car l’âme est invisible et c’est la raison pour laquelle celui qui désire la vérité ferme les yeux quand il prononce le Chéma’ Israël. 

 

PETITE QUESTION 

Pourquoi la lecture des dix commandements est elle suivie par l’énonciation des lois concernant les esclaves ? Il y a tellement d’autres sujets ! 

Lorsque quelqu’un retourne vers D-ieu, il sort en quelque sorte d’Egypte et de l’esclavage infligé par son pharaon intérieur : le mauvais penchant. Une fois qu’il est libre, peut-on dire que son passé est oublié. Pas forcément. 

Lorsque le peuple juif sortit d’Egypte, il n’était plus esclave mais il avait encore conservé en lui une mentalité d’esclave, il devait donc s’en débarrasser pour devenir libre et c’est la raison pour laquelle les lois concernant les esclaves sont les premières lois de détail qui suivent les lois générales des dix commandements. Premièrement parce que le but de la Torah est de faire de nous des hommes libres et deuxièmement parce que le plus difficile à changer est la mentalité. Par exemple un fils qui a souffert de la dureté de son père se verra souvent, au fur et à mesure qu’il avance dans l’âge, répercuter les mêmes défauts. S’il parvient à les réparer, il brise ainsi la chaine (de l’esclavage) et répare en même temps sa lignée généalogique. Autre piège sur lequel Rabbi Na’hman nous met en garde, c’est celui qui consiste à mettre un tampon « kacher » sur ses mauvais traits de caractère. Une personne qui était trop pointilleuse avant de faire téshouva pourra répercuter son erreur dans son rapport avec les mitsvot et se pourrir la vie, et celle des autres, à cause des rigueurs inutiles et insupportables pour son niveau, qu’elle s’inflige sous couvert de sainteté. Car parfois le pharaon s’habille en rabbin pour continuer à mettre la pression. 

La Parasha de la semaine : Yitro

Vendredi 25 janvier 2008

Avec Rabbi Na’hman, par le Rav Eliahou Haviv, et envoyé par Mikael…

Cette semaine nous recevons la Torah dans son essence : les dix commandements. Et cette semaine, comme chaque année à la même époque, nous allons oublier de nous étonner sur le fait que la Paracha du don de la Torah ne porte pas le nom de Moshé mais celui de son beau-père, anciennement prêtre numéro un de l’idolâtrie mondiale : Yitro. On aurait pu penser qu’il doive garder un profil bas lorsqu’on sait qu’il a essayé toutes les formes d’idolâtrie possibles, et il y en avait qui comprenait des pratiques archi dégoûtantes. Mais non, on l’accueille en fanfare comme Georges Bush (léavdil) en Israël la semaine dernière et en plus de cela on nomme une des parachiot les plus importantes de la Torah à son nom, alors que tout l’honneur en revient à son gendre Moshé Rabénou… Mais avant de répondre à ce paradoxe, demandons-nous ce qu’a entendu Yitro.
En effet le premier verset nous dit : « Yitro, prêtre de Mydian, entendit tout ce qu’avait fait D-ieu pour Moshé et Israël Son peuple, car D-ieu les avait fait sortir d’Egypte ». Et qu’entendit-il : la traversée de la mer et la guerre victorieuse sur Amalek nous dit Rachi. Ces deux évènements lui donnèrent envie de se convertir car ils lui permirent de comprendre que la vérité se trouvait  chez le petit peuple d’Israël.
Rabbi Nathan dévoile la portée du message inclus dans ces évènements.
L’ouverture de la mer fait allusion à la contraction de la présence divine (tsimtsoum). En effet, avant de créer le monde, D-ieu opéra la séparation des eaux, une partie vers le haut et une partie vers le bas, laissant ainsi une place à l’homme pour exister. En entendant que la mer s’était ouverte, Yitro comprit que D-ieu avait volontairement contracté Sa présence pour nous permettre de vivre et donc qu’Il désirait de ce monde terrestre. Néanmoins Yitro savait aussi que le voilement divin, même s’il avait pour énorme avantage de laisser à l’homme le libre arbitre, avait l’inconvénient de laisser une place à l’erreur et surtout au doute. Pourrait-on avoir la force de servir D-ieu directement dans de telles conditions, ne serait-on pas plutôt obligé de servir des forces intermédiaires (principe de l’idolâtrie) puisque D-ieu s’était apparemment retiré ? La réponse à cette question fut donnée par l’éclatante victoire d’Israël sur Amalek. Amalek dont la guématria (valeur numérique) du nom correspond à 240, qui est aussi la valeur numérique du mot safek qui signifie le doute. Ainsi, quand Yitro entendit que la mer s’était ouverte et qu’Israël avait triomphé d’Amalek, il en conclut qu’il était possible de vraiment servir D-ieu sans être submergé par la force du doute. Et il comprit que les clefs d’une telle réussite se trouvaient chez le peuple juif. Alors lui qui avait recherché D-ieu dans toutes les formes possibles d’idolâtrie, se convertit au judaïsme. Sa recherche avait enfin aboutie. Nous vivons aujourd’hui les mêmes choses. Nous sommes libres de traverser la mer, donc de vivre, mais nous sommes aussi constamment attaqués par le doute. D-ieu existe-t-il ? Et même s’Il existe, suis-je important à Ses yeux, m’aime-t-Il vraiment ? Surtout après les bêtises que j’ai faites…La réponse est oui, sans aucun doute. Et pour que tu en sois sûr, notre paracha porte le nom d’Yitro. Pour que tu saches que la Torah de D-ieu n’est pas une Torah d’exclusion. Que le but de l’étude de la Torah est de rapprocher et non d’éloigner. Que la porte est ouverte et que le plus grand plaisir de D-ieu est de voir Ses enfants revenir vers Lui, en n’ayant plus de doute qu’Il les aime. Car le doute nous éloigne de D-ieu et empêche D-ieu de nous témoigner Son infini amour tel qu’Il voudrait le faire. Et Rabbi Na’hman enseigne qu’aujourd’hui, le geste maladroit d’une personne très éloignée pour se rapprocher de la vérité, est plus important aux yeux de D-ieu que la dévotion des Tsadikim des temps anciens. Aujourd’hui nos cris et nos soupirs pour devenir meilleurs, nous propulsent sans que nous le sachions vers les cieux les plus élevés. Il suffit d’y croire, sans aucun doute…

La Parasha de la semaine : Bo

Vendredi 11 janvier 2008

Avec Rabbi Na’hman, par le Rav Eliahou Haviv, et envoyé par Mikael…

Les femmes vertueuses
 
Cette semaine nous sortons d’Egypte et le Midrach enseigne que notre libération eut lieu grâce au mérite des femmes vertueuses. Or la mitsva principale de la femme réside dans sa pudeur, tant intérieure qu’extérieure, c’est donc cette pudeur qui recèle en elle le secret de la délivrance…

Tsniout, un mot qui fait trembler. Synonyme de contrainte, de transpiration voire de laideur. Tsniout, refus de la beauté féminine et de cette merveilleuse parure capillaire dont le Créateur m’a fait cadeau. Peut-être une affaire d’hommes jaloux…

La tsniout, pudeur féminine, demeure aux yeux de beaucoup de femmes une contrainte mal acceptée ou injustifiée. Et comment les en blâmer dans une société où on insiste tellement sur l’aspect extérieur. Où depuis leur plus jeune âge les filles sont complimentées et exaltées en fonction de leur aptitude à dévoiler leur beauté. On pourrait même dire  que les dés sont faussés dans la mesure où Dieu a implanté dans la nature féminine une propension à l’esthétique et à la beauté. Pourquoi la donner s’il faut ensuite l’atrophier ?

Afin de donner un début de réponse à cette question, il faut se rappeler que chaque élément, chaque niveau de la création est constitué de deux aspects : un corps et une âme, une extériorité et une intériorité, un côté masculin et un côté féminin correspondants à l’aspect dévoilé et au secret.

Rabbi Na’hman de Breslev enseigne que la réussite du juif sur terre dépend de sa capacité à s’attacher à l’aspect intérieur caché de la réalité. Ceci est appelé un acte de foi où plus simplement émouna. Dans la mesure où la foi consiste à croire à des choses que l’on ne comprend pas, que l’on ne voit pas, elle permet justement d’être connecté avec ce qui est caché. On pourrait dire que pour s’attacher à ce qui est caché le juif doit fermer les yeux ( Chéma’ Israël).

Cependant s’il ne le fait pas, il se coupe automatiquement de l’âme de chaque chose et voile et se déconnecte de la Présence Divine au lieu de permettre à celle-ci de s’exprimer. Il devient souvent l’esclave ou la victime d’un monde où l’homme est un loup pour l’homme. N’ayant pas de relation avec l’aspect caché de la création, il n’a personne envers qui se tourner lorsqu’il traverse des moments difficiles. Il est esclave en Egypte.

Mais quel rapport entre cela et le fait qu’une femme se couvre la tête et ne porte pas de pantalon ?

Les sages enseignent que si l’homme représente la partie extérieure et dévoilée de la création, car apparemment il tient le devant de la scène et fait l’histoire, la femme, elle, est le symbole de l’intériorité. Elle représente la Torah cachée, la Torah de la délivrance. C’est ainsi que le Midrash enseigne que  la sortie d’Egypte eut lieu par le mérite des femmes vertueuses.

Quand une femme refuse de dévoiler au monde extérieur ses attraits naturels, elle revendique par cela que l’aspect essentiel de la création ne réside pas dans la réalité apparente et «  logique »  mais dans une autre dimension plus spirituelle, moins visible. La femme pudique affirme à ceux qui courent après leurs passions, après le corps, qu’elle n’est justement pas qu’un corps, pas un objet. Elle vient rappeler à l’humanité que la vérité et la vraie vie se trouvent plus dans ce qui est caché que dans l’apparence superficielle, telle l’âme pourtant invisible mais qui donne la vie au corps. Tel Dieu qui est absolument partout et qu’on ne voit pas.

Bientôt nous fêterons Pourim et là encore notre délivrance eut lieu grâce à une femme, Esther, dont le nom vient de séter qui signifie « caché ».


Non la tsniout n’est pas une contrainte mais une libération. Celle qui fait le choix de la pudeur reçoit des réponses cachées au reste du monde pour qui l’appât du corps fait encore force de loi. Nous les hommes devons dire merci à toutes les Esther du peuple juif qui, pudiquement et sans publicité, préparent la délivrance. A toutes ces femmes vertueuses qui refusent de concéder leurs « territoires » au regard du premier venu.

La Parasha de la semaine : Vaera

Vendredi 4 janvier 2008

Chiourim.org ne voulant pas que Houmous reprenne les dvar Torah qui sont sur son site, on arrête avec eux. Par contre, comme quoi, tout s’arrange toujours très vite, Mikaël, un ami Breslev, me propose de reprendre les cours du Rav Eliahou ‘Haviv, selon les enseignements de Rabi Na’hman.
Le premier de ces cours, donc, sur le LIBRE ARBITRE :

La Torah est déroutante !

D’un côté elle s’empresse d’affirmer que tout, absolument tout, relève de la volonté divine. Le petit brin d’herbe ballotté par le vent sur une distance de quelques millimètres, les mouvements de la feuille d’automne, tout a un sens qui, même s’il nous échappe, procède de ce fameux adage qui fait parfois grincer les dents : tout est la volonté de Dieu.

D’un autre côté, cette même Torah passe son temps à insister sur la conséquence de mes actes, comme si tout dépendait de moi. Les malheurs du monde proviennent de mes fautes et je suis responsable de tout ce qui m’arrive, bien comme mal. J’ai un libre arbitre.

Mais si j’ai un libre arbitre, tout n’est pas la volonté de Dieu car si tout était la volonté de Dieu je n’aurais pas de libre arbitre. Après tout, la faute du premier homme était voulue par Dieu puisque tout est Sa volonté. Alors pourquoi a-t-il été puni ? C’est une histoire de fou.

Certains pensent que la grandeur de Dieu réside justement dans le fait qu’Il dirige et contrôle tout les univers, du macrocosme intergalactique au microcosme de ma vie quotidienne. D’autres retrouvent cette grandeur dans le fait qu’Il a su se retirer pour nous faire exister et a remit entre nos mains la responsabilité du monde. Encore une fois ces deux notions s’opposent.

N’ayons pas peur de le dire, la véritable grandeur de Dieu ne se situe pas dans Son omniprésence ni dans Son absence mais plutôt dans le fait qu’Il a su créer un système qui concilie l’inconciliable. Un système ou tout, absolument tout, relève de Sa volonté et ou, en même temps, j’ai une pleine responsabilité d’homme libre. Rabbi Na’hman enseigne que ces deux principes sont vrais en même temps et que ceci est impossible à comprendre (Likoutey Moharan 64 tome1).

Et Rabbi Nathan son élève commente cet enseignement en disant que c’est la raison pour laquelle on ne mélange pas le lait et la viande…

Encore une histoire de fou ? Peut-être pas si on considère que Dieu a placé des messages partout. Examinons d’abord la viande : c’est une denrée qui nécessite de nombreuses rectifications avant d’être consommée. Vérifier que la bête n’ait pas de défauts extérieurs avant l’abattage rituel qui nécessite une préparation complexe de la lame du couteau ainsi qu’un geste impeccable du cho’het. Ensuite un travail au niveau des entrailles, contrôler l’état des poumons et retirer le nerf sciatique (c’est un métier en soi). Rincer, saler, re-rincer et enfin cuire le morceau choisi sachant que la viande est l’aliment qui demande généralement la plus longue cuisson.. A l’inverse le lait est immédiatement prêt à la consommation, il suffit de l’extraire.

La nature antinomique de ces deux aliments est une expression directe de notre question initiale. La viande recèle le secret de l’effort humain, ce n’est pas un hasard si elle est recommandée à ceux qui ont besoin d’énergie. Elle caractérise le fait que l’être humain est venu sur terre pour accomplir quelque chose et qu’il a la responsabilité de son devenir en particulier et de celui du monde en général. En d’autres termes tout dépend de l’homme.

En revanche le lait exprime le message suivant : tout vient de Dieu, tout est Sa volonté et nos efforts n’y pourront rien changer. C’est une donnée de base qui nous est enseignée depuis la naissance, quand le nouveau-né reçoit gratuitement sa subsistance d’un sein maternel qui a lui-même reçu son lait sans aucun effort. Ici on voit que tout dépend de Dieu.

Et c’est la raison pour laquelle on ne mélange pas le lait et la viande, c’est-à-dire qu’on n’essaye pas de donner une solution intellectuelle à cette contradiction qui se trouve à la source de la création : Dieu est partout mais Il s’est retiré, tout dépend de Lui mais tout dépend aussi de moi. Essayer de donner une solution à cette contradiction revient automatiquement à créer un système de pensée erroné. Un système qui penchera, en fonction de nos intérêts personnels, soit vers une déresponsabilisation (car tout dépend de Dieu), soit vers une prise orgueilleuse de pouvoir (car tout dépend de moi). Ces deux erreurs laissent invariablement la porte ouverte aux problèmes individuels et collectifs de l’humanité.

Le premier homme en fit la triste expérience quand il décida de devenir maître de son destin et de manger sans attendre chabat, le fruit de la connaissance. Il avait décidé que tout dépend de l’homme. Son fils Caïn fit l’erreur inverse. Lorsqu’il tua son frère Abel et que Dieu lui demanda où se trouvait ce dernier, Caïn répondit qu’il n’était pas le gardien de son frère. Son argumentation était subtile : je voulais tuer Abel et je savais que si telle n’était pas Ta volonté je n’y arriverais pas. Par contre si j’y suis arrivé c’est parce que Toi-même Tu le désirais car tout dépend de Toi, alors ne me le reproche pas car je n’ai fait que Ta volonté.

Et nous ? En ce qui nous concerne on peut dire que la progression spirituelle est le fruit d’un ajustement constant entre ces deux erreurs. Parfois on peut mettre trop de pression sur ses épaules et parfois délaisser ses responsabilités, même sous couvert de spiritualité. La solution consiste à accepter que les deux principes soient vrais en même temps. On peut le vivre et ceci nous est démontré par le fait que la bête qui nous fournit sa viande est aussi celle qui nous fournit son lait, mais elle ne les mélange pas.

Question : pourquoi est-il permis de manger de la viande, moyennant un rinçage buccal, immédiatement après avoir bu du lait alors qu’il faille attendre six heures après la consommation de viande pour boire du lait ?

En utilisant les clefs précédemment citées on obtient la réponse suivante. Si on boit du lait en premier, c’est-à-dire si on place comme information prioritaire que tout vienne de Dieu, alors on peut consommer de la viande immédiatement après, c’est-à-dire qu’il est possible d’affronter sereinement le monde de l’effort personnel sans tomber dans le piège de l’orgueil. Mais si on consomme d’abord la viande, en d’autres termes si notre manière de penser est tournée prioritairement vers le principe du « tout dépend de moi », alors on devra attendre six heures. Ces six heures correspondent aux 6000 ans de l’histoire, à l’exil, aux problèmes de la vie.

Être juif c’est décidément illogique. C’est savoir que tout dépend de moi et que rien ne dépend de moi. Seule la foi, qui est la qualité qui consiste à surmonter les contradictions, permet de vivre en même temps ces deux idées sans tomber dans la déresponsabilisation stérile ni dans l’orgueil destructeur. Accepter que ces deux notions soient vraies en même temps c’est rentrer dans le monde de la sérénité, celui où D-ieu existe à part entière et où l’être humain existe aussi à part entière.

SEFER HAMIDOT : PA’HAD – LA PEUR
       
-          La peur entraine l’échec.
-          Un remède pour évacuer la peur : se souvenir d’Avraham avinou.
-          Donner la charité enlève la peur.
-          La peur enlève l’orgueil.
-          Celui qui ne fait pas attention à la récitation des bénédictions initiales et finales sera attaqué par les peurs.
-          Grâce à la vérité, on est sauvé des peurs nocturnes.
-          Les flatteries entraînent la peur.
-          Quand les juifs sont unis, les nations les craignent.
-          L’étude de la Torah à table pendant le repas, sauve de la peur.

La Parasha de la semaine : Chemot

Vendredi 28 décembre 2007

Source : Chiourim.org

La vraie compassion  

« Moïse grandit, il alla parmi ses frères et vit leur profonde détresse » (Chemot 2 : 11). 

Rachi commente : « Moïse leur prêta une grande attention, entrevit leurs souffrances et en fut très affligé ». Conscient de la peine endurée par le peuple juif, Moïse fit plus que partager leur douleur par la pensée… Moïse, pour sa part, délaissa son bien-être et son confort pour partager le difficile sort de ses frères juifs… et il s’empressa de leur apporter son aide effective. 

Le Midrash rapporte que Moïse vit leurs souffrances et s’épancha dans un sanglot : « Cela me désole de vous voir ainsi. Si seulement, je pouvais mourir pour vous éviter tant de peines… et Moïse les aida à transporter leurs lourds chargements sur ses épaules ». Moïse insista pour partager leurs souffrances afin, d’une part, d’alléger leur tâche, mais surtout, pour mieux les connaître et les comprendre… 

Son implication, profondément sincère et affective, fut la raison pour laquelle il ne put admettre l’injustice dont ils étaient victimes. 

Lorsqu’il vit deux juifs se battre, il intervint promptement « Pourquoi vous battez-vous l’un l’autre ? » Cette même sensibilité poussa Moïse à secourir les filles de Yithro des mains des bergers malfaisants qui les empêchaient d’abreuver leur troupeau. 

Moïse, profondément peiné à la vue de la souffrance humaine, s’ingénia toujours à assister les personnes en danger ou dans le besoin. 

Le Rabbi de Gour, Sfat Emet, avait l’habitude de dire que l’habilité de chacun à s’aider soi-même se mesurait à l’aune de ses facultés à aider son prochain. Une femme enceinte rendit un jour visite au Rav Haïm Brisker et lui dit qu’elle devait accoucher incessamment mais qu’elle n’avait pas les moyens de subvenir à ses besoins ni à ceux de l’enfant à naître. 

Le Rav demanda à son épouse « Pourquoi n’y a-t-il pas d’association humanitaire qui s’occupe de venir en aide à des femmes dans cette situation ? » La Rabbanite lui dit qu’elle connaissait cette dame et qu’elle avait appris que son mari l’avait abandonnée depuis plusieurs mois, la laissant sans ressources… « Dans ce cas, nous devons accueillir cette jeune femme, prendre soin d’elle pour l’accouchement et lui accorder des subsides pendant deux ans, le temps qu’elle puisse rétablir sa situation », affirma le Rav . C’est ce qui arriva. Le Rav Haïm s’occupa de la Brit Mila qui eut lieu chez eux et il assura la subsistance de la mère et de l’enfant comme promis (Ouvdot vé Anhagot le Beth Brisk). 

Le fait d’avoir partagé la peine de son prochain représentait pour le Rav Haïm Brisker une mitsva aussi importante que celle de prier ou d’étudier la Torah « Quand une âme en peine me rend visite, disait-il, ses problèmes me touchent tant que j’en perds mon appétit et mon sommeil » (Er’Ah le Anav). 

Le Rav Zalman Montzapi organisa un jour une grande manifestation au profit des couples sans enfants. Il demanda qu’une liste des noms de ces couples soit établie afin qu’il puisse prier pour eux… Quand les gens arrivèrent à la Maison d’études où se déroulait la manifestation, le Rav Zalman, à la vue du très grand nombre de personne, éclata en sanglots « C’en est trop, c’est au-dessus de mes forces, pleurait-il. Je ne puis assumer le fardeau de tous ces gens ! Hakadoch Barouh Hou, vois le chagrin de tous ces gens en grand désarroi… Que leurs noms s’élèvent vers Toi pour que Tu leur accordes la joie d’enfanter » (Olamo shel Tsadik).

La Parasha de la semaine : Vaye’hi

Vendredi 21 décembre 2007

Source : Chiourim.org

La dernière sidra du premier livre de la Thora s’achève sur deux notes tristes :la mort de Yaacov et celle de Yosseph. Mais le générique de cette ultime péricope s’intitule VAYEHI : il vécut. La notion de la vie prime sur celle de la mort. Nos sages nous apprennent que Yaacov notre patriarche n’est pas mort même si le déroulement de ses obsèques dans le caveau de Patriarches est minutieusement narré.  

Toutes les bénédictions pour chaque enfant d’Israël sont relatées. Nous n’avons pas fini de les exploiter à ce jour. 

En fait la base de la vie n’est pas en rapport au nombre d’années à vivre mais au contenu de cette existence. On peut dire que Yaacov alias Israël a vécu un nombre incalculable d’événements qu’une seule vie ne peut seule contenir. Notre but est de nous remémorer chaque étape et d’en tirer les leçons pour notre propre expérience. On a vu dans le déroulement de ces étapes, une sorte de clin d’œil à méditer dans les moments difficiles que nous pouvons traverser. Ainsi Yaacov a vécu avec ses parents et le climat avec son frère n’a pas été des plus cordiaux. Il quitte ses parents. Yaacov a vécu chez Lavane. A chaque instant, cet homme, fourbe et malicieux, pouvait entraîner le troisième patriarche dans son sillage. Yaacov a résisté. Yaacov revient chez lui. Les difficultés entre frères avaient le pouvoir d’imploser la valeur de la famille donc de l’état embryonnaire de futur peuple d’Israël. Le temps va arranger les choses. Il reste l’étape ultime : la descente en Egypte. 

Yaacov l’individu disparaît mais Israël, le nom c’est à dire la renommée ou la pérennité persiste ! Mieux il se consolide et obtient de D. la reconnaissance éternelle. 

C’est pourquoi nos sages disent à juste titre que « Yaacov Avinou lo meth » : notre patriarche Yaacov n’est pas mort. 

Enfin les bénédictions de cette sidra bien qu’elles soient dispensées pour chaque enfant comme si elles ne s’adressaient qu’aux fils de Yaacov, sont en fait des bénédictions sans âge. Elles comportent des élans pour les futures tribus d’Israël dans leur cheminement vers les temps messianiques. Nous avons déceler la construction du Temple dans ses trois phases. Les deux premières ont eu lieu selon le calendrier hébraïque. Le troisième est en gestation. Il est mentionné comme celui qui ne se détruira plus jamais. Cela fait partie de nos convictions ; de notre EMOUNA.

La Parasha de la semaine : Wayigach

Vendredi 14 décembre 2007

Source : Chiourim.org

Yéhouda, quatrième enfant de Yaacov, dans la chronologie des naissances, se révèle un homme d’action et d’initiative comme la Thora aime décrire ces personnages qui se dévoilent par leur force propre. Le terme YEHOUDI, qui se traduit par l’appellation générique de juif donc du judaïsme a sa source en YEHOUDA, une des futures tribus, base du peuple juif jusqu’à nos jours.  

Cet homme arrive à convaincre son père Yaacov de lui confier Benjamin afin que le gouverneur de l’Egypte accepte de lui vendre les denrées qui manquent cruellement en terre de Canaan. 

Les onze enfants de Yaacov se présentent devant Yosseph qui se cache toujours derrière son masque égyptien. Yéhouda s’adresse à ce premier personnage de l’Egypte pour clarifier une situation pesante et embarrassante. C’est au bout de ce plaidoyer que Yosseph va se dévoiler à ses frères pour leur apprendre deux nouvelles. La première la plus fracassante c’est qu’il est en vie et c’est lui qui dirige l’Egypte. La seconde la plus heureuse c’est qu’il reste fidèle à l’enseignement de son père et qu’il va se charger dorénavant de lui apporter aide et assistance à condition qu’il le rejoigne ainsi que le reste de la famille en Egypte. 

Yéhouda va gérer toute cette nouvelle situation. 

Au fond l’embryon de la naissance du futur peuple d’Israël vient de voir le jour. Toute l’histoire de notre peuple aura comme point de mire, notre réaction pour ne pas disparaître. C’est la moindre des choses. Mais cela n’est pas suffisant. Il faut aussi prendre en compte ce point de vue de l’esprit de coexister en exil ou sur sa Terre, sans perdre son âme. 

Yéhouda nous apprend par exemple qu’il ne cédera pas même au péril de sa vie devant celui qui exigera qu’il renonce aux règles de la maison de son père. C’est l’engagement qu’il a concédé à Yaacov dans la sidra précédente ( ch. v. 9). En outre Yéhouda obligera Yosseph à se démasquer par les propos fermes et sans équivoques que la Thora relate dans le début de cette sidra. (ch.44 v.32) 

Fermeté et dialogue cohabiteront toujours dans cet espace microcosmique comme les appartements de Yosseph ou macrocosmique dans la rencontre de Yaacov et le Pharaon. 

En effet, Yaacov « descend » en Egypte pour revoir son fils Yosseph. Mais il se doit de se présenter au Pharaon. D’après les paroles du Pharaon à ses serviteurs nous comprenons l’intérêt de Yaacov et de sa famille à se montrer prêts au dialogue mais fermes sur l’essentiel : Vivre en harmonie avec les enseignements des patriarches. Ils obtiendront un territoire, le pays de Gochen, pour leur propre habitation et l’assurance de garder les trois mots d’ordre : la langue, le nom et la tenue vestimentaire. Ce comportement dans la détente et la cordialité les préservera dans le futur c’est à dire dans l’adversité et l’esclavage. Le peuple juif trouvera la sortie d’Egypte grâce à sa ferme conviction : l’Egypte, pays de transition donc provisoire.

La Parasha de la semaine : Mikets

Vendredi 7 décembre 2007

Source : Chiourim.org

Dans un monde de dépravations comme le notre, la Thora nous met toujours en garde contre nos impulsions. Dès l’instant où nous les maîtrisons, la société qui nous entoure se porte mieux.  

Yosseph subit les avatars d’un pays comme l’Egypte qui a perdu son âme parce qu’elle a privilégié la luxure à la morale. Yosseph donc, vit esclave dans un palace : la propriété du chef des cuisines. Cette place a l’avantage de procurer à cet homme, vendu par ses frères, un gîte, un couvert et même de l’estime. Potiphar, chef des cuisines du Pharaon lui confie la marche de sa maison. Tout va bien jusqu’au jour où l’épouse de Potiphar attire Yosseph dans cette spirale de la débauche. Yosseph résiste mais cette femme va le piéger. Par dépit, elle le dénonce à son mari qui le met en prison. 

Yosseph, auparavant justifie son attitude d’homme intègre par d’une part la confiance de son maître qu’il n’a Pas envie de trahir. Il ajoute à l’intention de la femme de Potiphar cette tirade du verset 9 chapitre 39 : « comment ferai-je ce grand méfait et je fauterai devant D. » A première vue Yosseph n’était pas insensible aux avances de cette épouse peu scrupuleuse des lois de la famille et des devoirs du couple. Yosseph craint aussi bien le mari que D. Pourtant la vie ne lui a pas souvent souri. Il est loin de sa famille, il a perdu sa dignité d’homme puisqu’il est réduit à l’état d’esclave. A-t-il le droit de penser dans un monde hostile et ingrat ? a-t-il le scrupule des hommes libres pour donner des leçons de morale à ceux qui normalement devaient montrer l’exemple ? 

Il s’accroche dans ce fatras d’êtres au mensonge facile et accommodant de faire appel à D. Il peut certainement échapper à la justice des hommes. Il peut lui aussi trouver refuge dans les nombreux plis de son histoire et mettre tous ses malheurs sur le compte du Ciel. Mais il a encore cette force intime et profonde que ce cauchemar n’est qu’un épisode dans les épreuves que tout un chacun subit avec plus ou moins d’acuité. Sortir de ce labyrinthe réclame un certain courage certes mais surtout une ligne de conduite irréprochable. 

Après l’épreuve de la prison, il est mis devant le Pharaon pour dévoiler éventuellement le secret de ses rêves. Là encore il réussit mais il précise derechef au Maître du pays « que c’est D. qui répondra au salut du Pharaon » (ch.41 v.16). Il ne tire pas profit d’une situation qui peut lui apporter un certain répit dans cette liste de coups qu’il prend depuis plus de dix ans. 

Dans cette confrontation du gouverneur Yosseph face à ses frères qui ne pouvaient pas le reconnaître, la vengeance ou seulement la rancune avait un terrain fertile pour planter ses flèches empoisonnées. Yosseph s’y emploie pour brouiller les pistes mais le naturel revient vite au galop. Il déclare à ses anciens bourreaux : « je crains D. » ( ch. 42 v. 18 ) 

Yosseph obtiendra le titre de Tsadiq : le juste. Il a prouvé et le prouvera dans sa confrontation avec ses frères la justesse de son attitude. Sa rectitude dans l’adversité comme dans la réussite sociale, suivront le fil de la parole divine.

La Parasha de la semaine : Vayechev

Vendredi 30 novembre 2007

Source : Chiourim.org

Yaacov s’installe enfin en Israël. Le périple de plus de vingt ans s’achève. Le bilan est très positif. Il revient chez son père Isaac, marié et entouré de douze fils et une fille. Il peut s’attendre à vivre une retraite paisible. Le terme VAYECHEV convient parfaitement au commun des mortels qui veut savourer une fin de vie en attendant de quitter ce monde pour s’éterniser dans un autre, meilleur. Yaacov donc s’installe. Mais Yosseph à dix sept ans, va lui aussi comme son père, rêver. Par deux fois il raconte ses rêves à ses frères qui ne supportent pas cet enfant gâté, à la tunique rayée. Le sens de ses rêves est très clair. Le premier rêve se déroule dans un champ. Douze gerbes sont confectionnées par les douze frères. Onze gerbes se prosternent devant la douzième fabriquée par Yosseph. Le second rêve semble encore plus explicite que le premier. Le soleil, la lune et onze étoiles se prosternent devant Yosseph. Yaacov, rappelle à l’ordre son jeune fils, considérant toute cette effervescence comme une imagination débordante d’un enfant oisif.  

Le séjour de Yaacov sur la Terre d’Israël va se transformer en cauchemar. Ce jeune fils sera vendu par ses frères. Le père aura une information mensongère. La tunique trempée dans le sang d’une brebis fera croire que Yosseph a été dévoré et donc mort et déchiqueté. Pendant vingt ans Yaacov refusera toute consolation pour la perte de son fils. Yaacov ne goûtera pas aux délices d’une retraite méritée. 

Rachi et d’autres commentateurs expliquent cette situation par un midrash, difficile à sa première lecture. « Non contents de profiter des bienfaits qu’ils auront dans le monde futur, les justes aimeraient tirer profit des bienfaits de ce monde ici bas. » Le juste n’a qu’à bien se tenir. S’il vit très confortablement dans ce monde ci, c’est qu’il ne mérite pas la vie idyllique du monde céleste. On ne peut pas obtenir le bénéfice de ses bonnes actions là où on se trouve. C’est un choix qui est posé au futur candidat à la vie juste et honorable. C’est peut être pour cela que les candidats ne se bousculent pas au portillon. 

Le raisonnement pourtant tient bien la route. Un homme, ici bas, se fabrique une réputation, un mode de vie voulu. Toute son existence, il vérifie ses moindres gestes pour former un tout. Il s’abstient volontairement de tout abus. Dans son langage, autour de son entourage, avec ses amis, ses collègues il démontre que son choix est inébranlable. Le moindre débordement peut lui être fatal. Le monde qu’il fréquente lui en voudra d’avoir abusé de sa confiance. S’il se repose sur des lauriers d’hier, il peut être taxé d’hypocrite voire d’escroc. Yaacov a gagné ses galons d’homme propre. Avec Lavan, avec Esaü, il est resté fidèle avec lui même. Il prône l’amour de D. mais sans aucun bénéfice personnel, uns sorte de couverture qui serait la raison de son comportement et qui détruirait l’image de l’homme intègre. D. on le sait met à l’épreuve ceux qui lui sont proches plus que les autres. C’est la démonstration éclatante que ces hommes, peu nombreux se hissent par ce système au sommet. Ils sont des Tsadikim : des justes.

La Parasha de la semaine : Vayishla’h

Vendredi 23 novembre 2007

Source : Chiourim.org

La rencontre entre frères ne doit pas poser de grands problèmes, en principe.  

La Thora relate la rencontre entre Yaacov et son frère Esaü avec beaucoup de détails comme si les deux hommes craignaient ce face à face. 

Esaü dit le verset 6 du chapitre 32 se déplace pour cette rencontre historique accompagné de quatre cents hommes. Le midrash ajoute à propos de ces cavaliers qu’ils sont de véritables soldats venus d’Egypte, belligérants, prêts à l’affrontement. Esaü n’a plus de frère, il n’est plus accessible à l’humain. L’heure de la mise à feu a sonné. Seules les armes décideront de l’issue de cette guerre fratricide. 

Yaacov de son côté se prépare sur trois fronts. Le premier, le plus classique est la division de son camp en deux unités combattantes. La première division sera peut être sacrifiée mais pour sauvegarder la seconde. Le deuxième, moins glorieux mais plus diplomatique, consiste à offrir à Esaü des cadeaux, appât humain qui sensibilise l’homme le plus hermétique. Enfin Yaacov ne peut oublier son particularisme. Il est proche de D., donc faisant appel à sa clémence afin de préserver des vies humaines qui sont le prix à payer quelque soit la légitimité de la guerre. 

Les deux hommes se sont enfin rencontrés et apparemment on a eu le tort d’avoir pensé au pire. Esaü s’est précipité vers son frère Yaacov. Ils se sont enlacés, se sont embrassés, et ont pleuré ( ch. 33 v. 4 ). Les sages, qui au début de la Paracha, nous avaient mis en garde des intentions haineuses d’Esaü, sont maintenant presque tous d’accord de considérer Esaü, sincère dans son baiser à son frère, profondément humain dans les larmes qui coulent sur sa joue. 

Les raisons sont multiples. Esaü est malgré tout un descendant d’Abraham, donc un homme qui a dans ses veines le sang du patriarche le plus attachant de l’humanité. la seconde raison est le temps qui a fait son œuvre. Cela fait plus de vingt ans que les deux frères ne se sont pas vus. La vie et ses épreuves bouleversent les mentalités les plus arrêtées. Yaacov est entouré d’une ribambelle d’enfants, tous encore si jeunes. Est-ce raisonnable d’abattre froidement un si grand nombre d’individus pour une rancune aussi forte et des motifs les plus louables ? Toutes ces raisons donnent un peu d’espoir pour les fils des deux grandes familles. Yaacov donc Israël et Esaü donc l’occident chrétien se sont confrontés au cours de l’histoire. Ils se sont haïs et ont essayé de briser l’échine de l’un au profit de l’autre. Le constat pessimiste après tant de confrontations semble donner raison à l’impossible rencontre entre deux cultures, entre les deux civilisations. 

Le baiser d’Esaü, les larmes de deux frères qui reconnaissent leur existence mutuelle, leur place dans l’échiquier mondial ont des connotations sincères. Le résultat positif profitera aux deux entités. Les temps actuels emprunts de méfiance et de rancœur se transformeraient par magie si et seulement si le côté humain prend la pas sur tout autre intérêt.

La Parasha de la semaine : Vayétsé

Vendredi 16 novembre 2007

Source : Lamed

Jacob, malgré la bénédiction reçue de son père, se sent bien malheureux.  

Obligé de fuir la maison paternelle pour échapper à la colère et à la vengeance de son frère Esaü, il se trouve tout seul, à la nuit tombante, sur la route menant chez son oncle Laban à’Harane. II se couche sur la dure pour passer la nuit, la tête reposant sur une pierre, et là, il rêve : 

II voit une grande échelle montant jusqu’au ciel et des messagers de Dieu qui descendent et qui montent sans cesse. Tout en haut, l’Eternel, qui lui promet aide et assistance partout où il ira et s’engage à le ramener dans ce pays qu’il lui a accordé. 

Réconforté par cette vision, Jacob se lève le matin tout heureux, remercie l’Eternel pour le courage qu’il lui a insufflé et les promesses qu’il lui a faites et reprend la route avec entrain et détermination. Dorénavant il sait qu’il ne sera plus jamais seul. 

Cette échelle de Jacob représente les liens qui attachent chacun de nous à Dieu. 

Partout et en toutes circonstances, ces liens existent. II nous arrive cependant, dans des moments de découragement, de l’oublier. Pour rétablir et sentir ce contact avec Dieu il suffit que nous le désirions fermement, que nous soyons disposés à envoyer des messagers auprès de lui sous la forme de prières, pour qu’aussitôt d’autres messagers descendent, nous apportent la réponse de Dieu, ses conseils et son encouragement. 

Mais à nous de prendre les devants : Jacob a vu, avant tout ,les messagers ” monter ” vers Dieu; ensuite seulement d’autres messagers sont ” descendus ” . 

Ces messagers de Dieu qui descendent à la suite de l’envoi de nos propres émissaires auprès de l’Eternel sont là ensuite, présents à nos côtés tout au cours de la journée, pour nous accompagner, nous protéger, nous encourager et nous soutenir, et surtout, nous faire sentir que nous ne sommes jamais seuls, que Dieu est toujours à nos côtés, prêt à répondre à chacun de nos appels, que chaque lieu est réellement, comme le dit Jacob, ” une porte ouverte sur le ciel “, et que n’importe quelle pierre peut devenir, grâce à nous, une vraie ” maison de Dieu “.

La Parasha de la semaine : Toldot

Vendredi 9 novembre 2007

Source : Lamed

Isaac et Rébecca avaient des enfants jumeaux, Esaü, le premier-né et Jacob, le cadet…  

Se voyant vieillir et sentant sa vue baisser, Isaac décida, tout naturellement, d’accorder sa bénédiction à son aîné, Esaü, au détriment de Jacob. 

Mais Rébecca veillait. Elle savait qu’Esaü, rude chasseur attaché plus aux biens matériels qu’aux réalités spirituelles, ne se conduisait pas selon la tradition de la famille. Si Isaac continuait à avoir un faible pour lui, celui ci n’en méritait pas pour autant d’être béni par son père et de se considérer ainsi comme l’héritier spirituel d’Abraham. 

Rébecca se permit donc, sans en parler à son mari, de peur de ne pas arriver à le convaincre, d’envoyer Jacob, qui lui, en était digne, recueillir à la place de son frère aîné la bénédiction paternelle. 

Après avoir longuement hésité, Jacob accepta et fut béni à la place d’Esaü. Un peu plus tard, lorsqu’Isaac comprit enfin l’erreur qu’il avait failli commettre en se basant uniquement sur le fait qu’Esaü était l’aimé, il ne put que confirmer, en toute connaissance de cause, à Jacob, la bénédiction qu’en fait il avait réservée à Esaü. 

En réalité, ce que l’on appelle ” le droit d’aînesse ” est plutôt ” un devoir d’aînesse “, une obligation de maintenir et de communiquer à ses enfants une tradition familiale. Ici, il s’agissait tout particulièrement de conserver la foi en un D.ieu unique héritée d’Abraham et de la transmettre à son tour. Qu’importait le fait qu’Esaü fût né le premier, si Jacob seul était foncièrement attaché aux valeurs à conserver ? 

La naissance à elle seule ne constitue pas un privilège et n’en accorde pas. C’est par sa manière de se comporter que l’on prouve si, oui ou non, on est digne de la famille, du lieu, du pays, de la croyance, dans lesquels on est né. 

L’aînesse ne s’acquiert pas par héritage; c’est un titre que chacun peut et doit savoir conquérir et conserver par lui même.

La Parasha de la semaine : ‘Hayé Sarah

Vendredi 2 novembre 2007

Source : Lamed

Eliézer, le fidèle serviteur d’Abraham, est chargé d’une bien délicate mission : son maître lui a demandé de trouver pour son fils, Isaac, une épouse digne de celui-ci !  

La première condition exigée par Abraham, il le sait, est que cette femme croie fermement en ce Dieu unique que son maître a découvert et fait aimer autour de lui. Il s’en va donc à ‘Harane. Là certainement, ne serait-ce que dans la famille d’Abraham, parmi les membres auxquels son maître a appris à connaître Dieu, il trouvera pour Isaac une parfaite compagne. 

Mais comment juger ? Comment choisir ? Comment reconnaître celle qui méritait de devenir la femme d’Isaac ? Sur quoi se baser pour rejeter une personne, ou au contraire, en retenir une autre ? C’est bien ce qui préoccupait Eliézer pendant tout son long voyage. 

A son arrivée à ‘Harane, le fidèle serviteur, s’étant adressé à Dieu pour qu’Il l’aidât à trouver la solution du problème, eut soudain une inspiration : Lui, sa suite, ses chameaux, étaient très assoiffés après ce long voyage. Ils s’étaient donc arrêtés auprès d’un puits. Là, toutes les filles du village venaient puiser de l’eau et l’emporter à la maison. ” Eh bien, se dit Eliézer, je vais leur demander de m’offrir à boire. Celle qui, non seulement acceptera de me servir, mais se proposera aussi de puiser l’eau nécessaire pour mes chameaux, parce qu’elle aura compris qu’eux aussi sont assoiffés, celle qui aura assez de cœur et de courage pour faire cet effort et il est grand pour tant de chameaux ! mérite certainement de devenir la femme d’Isaac “. 

Et les faits se déroulèrent effectivement comme Eliézer l’avait prévu la toute jeune Rébecca se proposa de puiser l’eau nécessaire, non seulement aux hommes, mais aussi aux bêtes. Ceci sous les yeux émerveillés d’Eliézer qui ne put s’empêcher, pour la remercier, de la combler de bijoux, avant même de se rendre auprès du père de la jeune fille pour lui demander sa main au nom de son maître. 

Ce qui a entraîné le choix d’Eliézer, c’est le bon cœur de Rébecca, sa détermination à aider son prochain, à ne pas ménager sa peine pour lui, à servir même les animaux dans toute la mesure où ceux-ci en avaient besoin. En agissant ainsi, Rébecca avait prouvé qu’elle était digne d’entrer dans la famille du patriarche Abraham.

La Parasha de la semaine : Vayera

Vendredi 26 octobre 2007

Source : Lamed

C’est par un curieux récit que débute la Sidra de cette semaine; jugez-en vous-même. 

Abraham, fatigué, est assis à l’entrée de sa tente. II s’est soumis, à 99 ans, à la circoncision et Dieu vient lui rendre visite. 

C’est ce que nous apprend le premier verset de la Sidra. Mais tout à coup il y a une coupure, on ne parle plus du tout de Dieu, on passe à un autre sujet qui semble sans rapport avec le premier: Abraham lève les yeux, aperçoit au loin trois voyageurs, court à leur rencontre, les emmène chez lui, les installe à l’ombre d’un arbre, mobilise Sarah et un domestique pour leur préparer un repas bien plus important que celui qu’il leur avait promis et se donne la peine de servir lui-même ses hôtes inconnus. 

Où était donc, pendant tout ce temps-là, l’Eternel qui était venu rendre visite à Abraham ? Un certain nombre d’heures ont dû s’écouler entre le moment où Il est arrivé et celui où les voyageurs ont repris leur route. Abraham a-t-il fait attendre Dieu si longtemps ? 

Si l’on se reporte au texte, on se rend compte, aussi étonnant que cela puisse paraître, qu’effectivement il en fut ainsi. 

Voici comment les faits se sont déroulés: Dieu apparaît à Abraham, Il n’a même pas le temps de lui parler que déjà celui-ci s’excuse et demande à Dieu de ne pas partir; il va revenir bientôt. En attendant, il lui faut s’occuper de voyageurs fatigués, affamés, qui ont besoin de ses services. Et l’Eternel ne se fâche pas en voyant Abraham accorder la priorité à ces voyageurs. Ce sont pourtant des idolâtres, des étrangers, des inconnus. Mais y a-t-il seulement pour Dieu - et aussi pour Abraham - un homme inconnu ? Tout homme est un frère et tout particulièrement celui qui est dans le besoin. 

C’est ainsi donc que l’Eternel a attendu, avec patience et avec plaisir, que Abraham et Sarah s’occupent de tout leur cœur de ces trois voyageurs. Lorsqu’ils furent partis, alors seulement, l’Eternel put commencer son entretien avec Abraham. 

Quand des hommes ont besoin de nous, quand ils se trouvent dans la peine ou la détresse, nul n’a le droit de dire, pour se dérober à son devoir, qu’il est occupé, ni même qu’il est en conversation avec Dieu, en train de prier, ou de servir l’Eternel de toute autre manière, l’homme a priorité sur Dieu et l’Eternel veut bien attendre qu’auparavant nous ayons ” servi ” notre prochain.

La Parasha de la semaine : Le’h Le’ha

Vendredi 19 octobre 2007

Source : Chiourim.com

Hachem dit à Avram : « Va pour toi hors de ton pays… » (12, 1)  

Le roi Salomon nous enseigne (Proverbes 20, 7) : « Quand le juste marche dans son intégrité, heureux ses enfants après lui ! » Les caractéristiques et les pratiques méritoires qu’un homme vertueux développe en lui-même se transmettent facilement à sa descendance, explique Rav ‘Hayim de Volozhin. Même s’il a lui-même éprouvé de très grandes difficultés avant de parvenir au degré qu’il a atteint, une fois ces traits et ces qualités devenus parties intégrantes de sa nature, ils passent automatiquement à ses enfants. Ceux-ci peuvent accéder au même niveau avec un minimum d’efforts, parce que tout est déjà enraciné en eux. Ils n’ont plus besoin que de les activer. 

Cela explique comment, à travers les générations, d’innombrables Juifs parmi les plus simples se sont découvert le courage de sacrifier leurs vies ‘al qiddouch Hachem (« pour sanctifier Son Nom ») plutôt que d’enfreindre un seul mot de la sainte Tora. Comment un tel héroïsme est-il généré ? Comment des hommes qui ne sont ni particulièrement instruits ni de grands penseurs peuvent-ils atteindre un aussi haut niveau de dévotion à Hachem ? La réponse réside dans l’histoire de nos Patriarches.  Ayant surmonté avec succès les « dix épreuves » imposées par Hachem, Avraham a modelé pour le peuple juif un caractère national qui se maintiendra à toutes les époques. En se laissant jeter dans la fournaise ardente de Nimrod plutôt que de renoncer à sa croyance dans le seul vrai Dieu, il a gravé en lui-même et dans sa descendance la marque d’une dévotion à Hachem plus précieuse que la vie elle-même. En endurant la famine en Canaan, il a incorporé le trait de l’acceptation aveugle des actes et voies de Hachem. Et ainsi de suite. Nous constatons souvent, d’ailleurs, que des Juifs se sentent soudain pris d’une volonté irrésistible de tout quitter pour se rendre en Erets Yisrael. Cette impulsion aussi est un legs reçu d’Avraham, qui s’est arraché à son milieu d’origine pour se diriger vers ce pays inconnu que Hachem avait promis de lui montrer. 

Hachem dit à Avram : « Va pour toi hors de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père, vers le pays que Je te montrerai. » (12, 1) 

De nombreux commentateurs font remarquer que la progression de ce verset semble contraire à l’ordre logique. Avraham a d’abord quitté la maison de son père, puis sa ville natale, et finalement son pays. Pourquoi alors Hachem a-t-Il commencé par lui ordonner de quitter son pays, puis son lieu de naissance et, en troisième position seulement, la maison paternelle ? 

Chacun de ces « départs », explique Rav ‘Hayim Soloveitchik, comportait sa propre signification. Le fait de s’éloigner de son pays pose une difficulté spécifique, celui d’abandonner son lieu de naissance en entraîne une autre, et quitter « sa maison » en suscite une troisième. Hachem a donc donné à Avraham trois mitswoth distinctes, pour chacune desquelles il sera récompensé séparément.  Si l’ordre de départ avait été présenté dans l’ordre logique, il y aurait eu une seule mitswa : le départ du pays, les deux autres n’en constituant que les préliminaires. En quittant le foyer paternel, il aurait coupé le premier de ses liens avec sa patrie. En abandonnant sa ville, il aurait rompu le deuxième. Et enfin, il aurait émigré et sectionné ainsi l’ensemble des liens. Mais la mitswa fondamentale n’en serait pas moins restée le départ du pays. 

Voilà pourquoi la succession dans laquelle les commandements lui ont été dictés a été inversée. Il lui a d’abord été enjoint de quitter sa patrie, puis son lieu de naissance et enfin la maison de son père, indication claire que chaque directive était une mitswa comportant sa propre signification.  Rav Baroukh Baer Leibowitz explique dans le même esprit la fin du verset : « … vers le pays que Je te montrerai ». Hachem n’a pas précisé quelle serait la destination d’Avraham. Il lui a simplement dit de s’en aller. C’est seulement plus tard qu’Il l’a dirigé vers le pays de Canaan. Pourquoi Dieu ne lui a-t-Il pas explicité d’emblée le lieu où il devait se rendre ? s’étonnent les commentateurs. 

Hachem a voulu procurer à Avraham, explique Rav Leibowitz, une récompense pour chacun de ses pas au cours de son long voyage. S’Il lui avait immédiatement révélé sa destination finale, toute la pérégrination n’aurait constitué qu’un moyen en vue d’une fin, et elle n’aurait comporté qu’un seul but. Avraham n’aurait donc eu droit qu’à une seule récompense pour l’ensemble de son périple. Voilà pourquoi Dieu ne lui a pas divulgué la contrée où il devait se rendre, de sorte que chaque étape, chaque pas franchi, ont constitué l’exécution d’une mitswa spécifique, et lui ont ainsi valu une récompense.  Rav Ya‘aqov Kanievsky, le Steipeler, explique différemment ce silence de Hachem quant à la destination finale d’Avraham. Celui qui entreprend un voyage long et ardu, se rassérène en pensant à sa prochaine arrivée. « Plus qu’une semaine ! », se dit-il, ou : « Plus que cent kilomètres ! » Au fur et à mesure que le temps passe, il se sent encouragé par la diminution progressive de la distance restant à parcourir. En outre, quand il approche de sa destination, l’imminence de la fin de son périple et la joie qu’elle inscrit dans son cœur lui injectent de nouvelles forces pour conclure sa marche. 

Si Hachem avait révélé à Avraham le but de son déplacement, celui-ci aurait été moins difficile, et il aurait reçu une moindre récompense. De plus, il aurait pu être motivé en partie par le sentiment d’une urgence à atteindre sa destination et non seulement par le désir d’accomplir la volonté de son Créateur. En ne lui précisant pas le lieu où il devait se rendre, Dieu a fait en sorte que Son fidèle serviteur reçoive sa pleine récompense et que ses motifs soient totalement purs. 

« Et Je ferai de toi une grande nation, et Je te bénirai, et Je grandirai ton nom. Et tu seras bénédiction. » (12, 2)  La Tossefta (Soferim 21, 9) énonce que « le plus grand parmi les géants » dont il est question dans Josué (14, 15) n’est autre qu’Avraham, qui a mangé et bu autant que soixante-quatorze personnes. Que signifie cette mystérieuse affirmation ? 

La Tora (Chemoth 24, 1) rapporte que lorsque le peuple juif s’est tenu au pied du mont Sinaï, et que Moché, Aharon, Nadav, Avihou et les soixante-dix Anciens sont montés sur la montagne, « ils ont vu Dieu et ils ont mangé et bu ». L’expression : « ils ont mangé et bu » signifie, selon nos Sages, qu’ils ont joui de la Présence divine. Tels ont été les soixante-quatorze hommes mentionnés dans la Tossefta, indique le Gaon de Vilna. Avraham a éprouvé autant de plaisir spirituel à contempler la Présence divine que ces soixante-quatorze personnalités qui en ont joui au mont Sinaï. Une interprétation différente est proposée par Rav Avraham Mordekhaï Alter, le Admor de Gour. Des gens peu instruits lui ont demandé un jour de leur expliquer cette mystérieuse Tossefta. Il répondit aussitôt que les soixante-quatorze personnes sont celles mentionnées dans la Tora depuis Noa‘h jusqu’à Avraham. La Michna (Avoth 5, 2) nous dit aussi que la récompense du premier de nos patriarches a égalé celles de toutes les dix générations de Noa‘h jusqu’à lui-même. La Tossefta, par conséquent, énonce une allusion à cette comparaison. Autrement dit, le « manger et le boire » d’Avraham – la récompense qu’il s’est acquise – a été l’équivalent de celle recueillie par les soixante-quatorze personnes mentionnées comme représentant les dix générations depuis Noa‘h. 

Par la suite, le Admor déclara à son frère, Rav Moché Betsalel, à propos de cette rencontre : « M’étant rendu compte que ces gens ne cherchaient qu’à m’importuner, j’ai demandé au Maître de l’Univers de me venir en aide, et l’idée de ce que j’allais leur dire m’a aussitôt traversé l’esprit. En réalité, je n’avais pas eu l’occasion de compter les noms et de m’assurer qu’ils étaient effectivement au nombre de soixante-quatorze. » 

Le Miqdach Mordekhaï ajoute un autre commentaire à cette description de la grandeur attribuée à Avraham. Le Talmud (Sanhédrin 11a) mentionne un Tanna appelé Chemouel ha-Qatane (« Samuel le Petit »), qui aurait mérité le don de prophétie autant que le prophète Samuel lui-même. Mais ayant vécu dans une génération qui n’en était pas digne, il n’a pas recueilli ce privilège. S’il était si grand, pourquoi l’a-t-on surnommé « Samuel le Petit » ? Cela était dû à l’amoindrissement de son statut, explique le Yad Rama. N’ayant jamais pu réaliser pleinement son potentiel, il a été appelé ainsi. Avraham, en revanche, indique le Miqdach Mordekhaï, a atteint l’entière mesure de sa grandeur, bien qu’il ait vécu dans une génération indigne, et s’est donc acquis le titre du « plus grand parmi les géants ».

La Parasha de la semaine : Noa’h

Vendredi 12 octobre 2007

Source : site du magazine Kountrass

« Noé fut un homme juste, irréprochable, entre ses contemporains » (Béréchith/Genèse 6,9). La redondance des termes Tsadiq, juste, et Tamim, irréprochable, demande à être comprise (cf. Rachi ad loc.). 

 

Le Maharil Disqin explique que le terme Tsadiq qualifie la retenue face à une bascule de la génération dans la recherche des plaisirs sans fin. C’est dans ce sens que Yossef, qui a résisté aux incitations à la débauche de la part de la femme de Potiphar, est qualifié de Tsadiq. 

 

Le terme de Tamim, qui signifie droit, irréprochable, porte plutôt sur une résistance face à une érosion du niveau spirituel, quand l’humanité refuse au Créateur toute place dans le monde, que D. nous en préserve. 

 

Le verset de présentation de la personnalité de Noa’h, en cette introduction de la Paracha le concernant, fait allusion aux deux périodes qu’il a vécues : la première est celle de la génération du Déluge, où l’humanité s’enlisait dans la permissivité totale dans le domaine des plaisirs charnels, brisant toutes les limites et rejetant toutes les conventions traditionnelles. Noa’h résiste à ces tentations, et reste Tsadiq dans sa génération, le juste qui ne pèche pas. 

 

Noa’h vécut une seconde période, durant laquelle le problème touchait à la sphère spirituelle : l’humanité refusait une direction qui lui serait imposée d’En-haut, et pensait s’émanciper de la Providence divine en créant une société nouvelle, refermée sur elle-même et refusant toute influence extérieure. C’est la génération de la Tour de Babel, que le Créateur punira justement en brouillant les moyens de communication entre les hommes, ce qui provoquera leur dispersion à travers les continents. 

 

Noa’h est resté droit même en cette génération-là, qui remettait pourtant totalement en question les fondements du monde et de la Présence divine sur terre. 

 

De là donc cette redondance apparente, qui rappelle en fait les deux sortes d’épreuves que Noa’h a surmontées.

J’en profite, vu que cela ne vous fera pas de mal, pour mettre la Parasha Béréshit, que j’ai lamentablement oublié de mettre la semaine dernière…

Les livres saints (Zohar ’Hadach sur Béréchith) décrivent Adam haRichon et son épouse comme redoutant d’être rejetés à tout jamais après leur faute, pleurant sur leur erreur et se repentant de l’avoir commise. D‘ a accepté leur repentir et leur a ajouté un jour de Son existence, si l’on peut s’exprimer ainsi, qui correspond à mille ans de vie de l’homme. 

 

La Guémara (’Erouvin 18b) affirme qu’Adam s’est investi de manière remarquable dans son repentir : « Adam, le premier homme, était un grand ’hassid… Il resta cent cinquante ans plongé dans le jeûne…» 

 

Or la Guémara elle-même déclare que la Téchouva est capable d’annuler les décisions divines prises à l’égard de la personne (Roch haChana 17a). Pourquoi dès lors, demande le rav Tsadoq haKohen de Lublin (Pri Tsadiq, Béréchith, 8) , leur repentir n’a-t-il pas été agréé totalement ? Ils ont été évincés du Gan ‘Eden et n’ont plus eu droit à cette proximité extraordinaire avec le Créateur. 

 

C’est que, répond cet auteur, la faute d’Adam et ’Hawa ne peut être comparée à une autre : elle a signifié un changement de nature, de catégorie, dont souffriront dorénavant les hommes. C’est l’intervention du Serpent dans cette faute qui a précipité l’humanité dans une nouvelle condition : alors qu’auparavant l’homme dominait ses sentiments, à présent les plaisirs matériels prennent place dans son cœur. L’homme ne peut plus juger objectivement, ses sens prennent dorénavant part aux conflits et s’imposent dans ses conclusions. 

 

A l’avenir, il n’y aura plus que quelques rares exceptions pour échapper à cette confusion, tel notre ancêtre Ya’aqov (cf. Rachi Wayéchev, 29,21), sur lequel les plaisirs du corps n’avaient aucune influence, au même titre que Adam et sa femme qui n’avaient aucune honte de leur nudité. Le mal restait alors extérieur à eux. Rabbénou haQadoch fera aussi partie de ces hommes arrivés au plus haut niveau possible. 

 

La faute d’Adam et ’Hawa a été pardonnée, et ils vivront jusqu’à mille ans. Mais le mal est fait, et leur vie est dorénavant troublée par la confusion entre le bien et le mal. Seule la mort permettra d’arriver à une distinction claire du bien et du mal. C’est donc, à partir d’eux, la nouvelle condition humaine qui prend place, où le bien et le mal sont intimement liés. Aucun repentir ne pouvait sauver l’homme de cet état de fait ; seul un intense travail sur soi peut permettre à certaines personnalités notoires de repousser le mal qui s’est installé en l’homme, et de retrouver le niveau de Adam avant la faute.

La Parasha de la semaine : Nitsavim – Wayélekh

Vendredi 7 septembre 2007

Source : site du magazine Kountrass 

Merci de dédicacer cette ‘’lecture’’ ou ‘’étude’’ à la Refouah Shelema de Rivka bat Avigaïl… et bien entendu, ceux qui le désirent, doivent (!) rajouter dans les commentaires d’autres dédicaces, si besoin en est.

Rachi (29,12) rapporte que les Juifs ont pris peur devant toutes ces malédictions qui les attendaient s’ils fautaient, ainsi qu’il est dit dans la Paracha précédente, Ki Tavo, avec les 98 exécrations qui y sont exprimées, sans oublier les 49 déjà dites dans Be’houqotaï. C’est pourquoi Moché vient dans la présente Paracha les rassurer : «Vous êtes présents en ce jour. Vous avez à de nombreuses reprises fâché le Créateur contre vous, mais malgré cela, Il ne vous a pas fait disparaître, et vous êtes présents en ce jour ». 

 

Le rav Eliyahou Lopian, dans son Lev Eliyahou, explique que l’élément qui change tout est le fait que le peuple juif ait pris peur de ces menaces : s’ils étaient restés insensibles devant elles, ils risquaient effectivement de subir toutes les conséquences des horribles malédictions les frappant. Mais ils ont eu peur, c’est-à-dire qu’ils ont pris la chose au sérieux, et ils peuvent à présent aller de l’avant, réfléchir à des solutions, se reprendre de leurs mauvaises actions et revenir sur le droit chemin. Dès lors, effectivement, ces menaces ne les concernent plus ! L’essentiel est moins la menace elle-même que la prise de conscience qu’elle doit provoquer. Et une fois celle-ci effectuée, le danger s’estompe. 

 

C’est ce qu’on voit dans le verset : « Mais voici que Je t’appelle en justice pour avoir dit : “Je n’ai point failli” (Yirmiyahou/Jérémie 2,35) ». Là aussi, tout le problème du peuple juif est-il de dire ne pas avoir fauté. N’a-t-il aucun reproche à se faire (paganisme, relations incestueuses, crime…) ? Mais le verset reproche le rejet de prise de conscience de ces fautes : le fait de refuser de prendre conscience du problème, de la réalité des transgressions. Sans cela, effectivement, il n’y a pas d’espoir.

La Parasha de la semaine : Ki Tavo

Vendredi 31 août 2007

Source : site du magazine Kountrass 

Merci de dédicacer cette ‘’lecture’’ ou ‘’étude’’ à la Refouah Shelema de Rivka bat Avigaïl… et bien entendu, ceux qui le désirent, doivent (!) rajouter dans les commentaires d’autres dédicaces, si besoin en est.

Le verset, dans la mitsva qui est la première citée dans la présente parasha, indique exceptionnellement la date à partir de laquelle la mitsva de Biqourim (prémices des fruits de la terre) rentre en application : ‘’Quand tu seras arrivé dans le pays que l’Eternel, ton D.ieu, te donne en héritage, quand tu en auras pris possession et y seras établi’’… Devarim-26,1). 

Nombreuses sont les obligations de la Torah qui dépendent de l’entrée du peuple juif sur sa terre, mais cette condition pour leur validité n’est pratiquement jamais citée – exceptée la mitsva de nomination d’un roi. Pourquoi ? 

Le Kli Yaqar explique que dans ces deux cas, celui de la nomination d’un roi et celui de la première récolte des fruits, la personne peut éprouver un sentiment de suffisance (‘’Yechouroun, engraissé, regimbe ; tu étais trop gras, trop replet, trop bien nourri et il abandonne le D.ieu qui l’a créé, et il méprise son rocher tutélaire !’’ – Devarim-32,15). 

Cette mitsva vient explicitement amener le peuple juif à casser l’éventuelle fierté de son cœur, qui pourrait, après la prise de possession de la terre, l’amener à penser que la terre est sienne, car acquise par la force de son poignet. 

Le verset rappelle donc que la terre est accordée par le Créateur au peuple juif. Ce dernier doit se montrer reconnaissant de ce fait en apportant les premiers produits de ses fruits et de ses moissons au Temple, avec soumission et en témoignant d’un sentiment de dépendance des grâces de l’Eternel.

La Parasha de la semaine : Ki Tétsé

Vendredi 24 août 2007

Source : site du magazine Kountrass 

Merci de dédicacer cette ‘’lecture’’ ou ‘’étude’’ à la Refouah Shelema de Rivka bat Avigaïl…

Le verset dit (24,5) : ‘’Si quelqu’un a pris nouvelle femme, il sera dispensé de se rendre à l’armée, et on ne lui imposera aucune corvée ; il pourra vaquer librement à son intérieur pendant un an, wesima’h (il réjouira) la femme qu’il a épousé.’’ 

Rachi explique wesima’h, ‘’et il réjouira sa femme’’, comme le fait Onkelos, mais il refuse la traduction de Yonathan ben Ouziel, qui rend ce terme par ‘’et il se réjouira avec sa femme’’, parce que, dit Rachi, s’il en était ainsi, le verset aurait du dire Vesama’h, ce qui n’est pas le cas. Quelle est dès lors la raison qui amène Yonathan ben Ouziel a une telle traduction. Il est également surprenant de trouver que le Sefer ha-‘Hinou’h (mitsva 582) donne la même explication : ‘’Que le nouveau marié se réjouisse avec son épouse une année.’’ La même remarque peut être faire sur les écrits du Rambam (Sefer ha-Mitsvot, ‘Assah 214) : ‘’Mais il se réjouira avec elle jusqu’à la fin d’une année entière.’’ Il s’avère donc que Yonathan ben Ouziel est suivi par ‘Hinou’h et Rambam ! 

Il est possible que le sens littéral du verset ‘’il réjouira sa femme’’ soit le but requis effectivement par la Torah dans la relation entre l’homme et la femme dans le mariage. ‘’Réjouir sa femme’’ est la fonction de l’homme dans cette union. Mais il est évident que si lui-même n’est pas heureux dans ses noces, il ne pourra pas remplir cette fonction fondamentale qui lui incombe de la réjouir. Donc, en premier lieu, l’homme devra ‘’se réjouir avec sa femme’’, afin d’arriver au but du mariage qui est de la réjouir. ‘’Se réjouir’’ n’est donc pas la traduction littérale de ce verset, mais le moyen indispensable pour y parvenir. 

Que l’homme soit heureux avec sa femme, puisque c’est D.ieu Qui la lui a donnée, et ainsi il pourra la réjouir, et alors bonheur et félicité régneront dans leur foyer, avec l’aide de D.ieu !

La Parasha de la semaine : Choftim

Vendredi 17 août 2007

Source : site du magazine Kountrass
Merci de dédicacer cette ‘’lecture’’ ou ‘’étude’’ à la Refouah Shelema de Rivka bat Avigaïl…