Le Livre d’Esther intérieur (Paru dans Vision d’Israël)


En 2007, Yair Lapid, une des icônes culturelles israëliennes, s’est vu demandé quelle fête il aurait supprimé du calendrier juif s’il devait en enlever une. « J’aurais supprimé Pourim », a-t-il répondu sans hésitation, « L’histoire d’un complot anti-juif mis en échec lorsque quelqu’un pousse sa jeune nièce dans le lit d’un roi qui aime trop les femmes; en conséquence de quoi les Juifs reçoivent l’autorisation de commettre un génocide contre soixante dix milles personnes, puis s’enivrent de bonheur – cela ne nous fait pas vraiment honneur » a résumé Lapid. Ses paroles reflètent une vision commune parmi de nombreux Juifs laïques.

Pour dire la vérité, si nous lisons le Livre d’Esther (ou en hébreu, Méguilat Ester) de façon littérale et superficielle, nous ne pouvons pas en effet reprocher quoique ce soit à Yair Lapid. La conclusion de l’histoire serait qualifiable de crimes de guerre aujourd’hui: la décapitation de la reine Vashti, la pendaison des enfants de Haman, et le génocide ne sont pas considérés comme des actions humaines dignes d’un pays développé, en particulier compte tenu de la sensibilité historique du peuple juif concernant le génocide et les massacres. Cependant, comme indiqué auparavant, la conclusion de Lapid ne fait référence qu’au Nigleh, à l’aspect visible du Livre.

 

Code Esther

Tout d’abord, pour ceux d’entre vous qui ont raté un épisode, voici un rapide rappel de l’intrigue: Haman, premier ministre de l’empereur Assuérus, décide de tuer toute la population juive dispersée à travers les cent vingt-sept provinces du royaume. Le roi consent volontiers à cette demande, et le décret est promulgué. Alors, Esther et Mordékhai entre en jeu et mettent au point une brillante manÅ“uvre, ce qui perturbe les plans de Haman. Cependant, il ne s’agit là que que de la moitié de l’histoire.

 

Rabbi Yéhouda Ashlag, surnommé le Baal HaSoulam pour son commentaire sur Le Livre du Zohar, explique que Le Livre d’Esther est bien plus qu’une série d’évènements dignes d’un scénario de film Hollywoodien. Il nous explique sur la base des paroles de Maïmonide, que ce livre est l’un des textes les plus codés de l’Écriture. Néanmoins, cela aussi, n’est qu’une partie de l’histoire. En lisant le commentaire du Baal HaSoulam aujourd’hui, soit soixante ans après qu’il a été écrit, et lorsque le monde est confronté à une gigantesque crise financière, nous pouvons apprécier cette fête sous un angle complètement différent et beaucoup plus pertinent.

 

Le Nom

Commençons par la fin: le Baal HaSoulam explique que le titre du livre, implique le message que ce dernier souhaite transmettre. Méguila dérive du mot Gilouy (révélation) et Esther provient du mot Hester (dissimulation). En d’autres termes, Megilat Esther traite de la révélation de ce qui est dissimulé. Ainsi comprendre ce livre nous permettra de regarder derrière les coulisses de notre existence.

 

Haman - l’oppresseur 

Il est temps de réfuter certains des mythes entourant l’histoire d’Esther. Haman, dont le nom provoque un bruit assourdissant de crécelles, n’est pas vraiment ce que nous en pensions. Haman, le descendant d’Agag, explique le Rav Yéhouda Ashlag, est en fait … nous même! Haman symbolise la pensée elle-même qui guide tous et chacun de nous. Il est notre désir naturel de recevoir du plaisir au dépend des autres. 

 

Haman, qui ne vise que son avantage personnel, est à la recherche de gloire et de contrôle, et est prêt à détruire tous ceux qui s’opposent à lui. C’est pourquoi il déteste tant Mordechai, qui représente son exact opposé: le désir altruiste de donner. Mais le rôle de Haman ne s’arrête à son rôle dans le livre. Il représente une approche de la vie où l’avantage personnel est au centre de l’existence, par opposition à une vie orientée autour  du bien-être collectif.

 

Qu’en est-il de Mordechai?

Le Juif qui « se situe à la porte du roi », et attend le moment opportun représente l’attribut le plus pur, l’amour inconditionnel envers les autres. Cette qualité, cette approche de la vie, c’est ce que souhaite détruire Haman. La lutte entre les deux approches est l’essence de l’histoire. En fait, elle est le point central de toute la fête. En ce qui concerne la perplexité de la population de Suse, elle symbolise notre incapacité à choisir son camp lors de la lutte qui a lieu entre ces deux inclinations dans notre cÅ“ur.

 

La Reine Esther

Esther (du mot Hester – dissimulation) représente un besoin enfoui en nous et qui s’éveille de temps à autre, le besoin de ne pas suivre notre égoïsme et qui nous pousse à faire un véritable changement dans notre vie. Aujourd’hui, ce même besoin nait en de plus en plus de gens, les poussant à la recherche d’une alternative à Haman qui nous a conduit, nous et notre société à la situation de crise que nous connaissons. Aujourd’hui, au début du 21e siècle, le monde a changé jusqu’à atteindre le point de non retour. La seule façon de survivre pour notre société mondialisée est de pendre à une corde notre Haman intérieur, notre égo, et de nous attacher à une seule et unique idéologie basée sur l’amour et la fraternité au-dessus de tout, qui est le chemin que Mordékhai incarne. Ce n’est que lorsque nous adoptons cette approche ancienne et véritable, que la joie que symbolise Pourim pourra se rependre dans toutes les « provinces» de notre village mondiale. Je pense que même Yair Lapid serait d’accord avec ce noble but …

 

Rav Michaël Laitman

http://www.kabbalah.info/fr

8 réponses à “Le Livre d’Esther intérieur (Paru dans Vision d’Israël)”

  1. Alain dit :

    Excellent commentaire qui montre une fois que plus que le “dévoilement” de la Torah est un processus long et subtil qui nécessite étude et pratique.
    Merci Admin pour ce texte !
    Shabbat shalom le koulam

  2. Aschkel dit :

    Ouais un peu décevant sur ce coup là Lapid !

    Indémodable, c’est sur et ce sera encore elle qui fera la mode de demain et ad olam

  3. c.rahamim dit :

    Yair Lapid veut jouer les petits malins, il est prisonnier du grand malin…
    Le pauvre!

    Comment comparer les “moeurs” de l’epoque et de la Perse a ceux de nos jours? C’est ridicule!!!

  4. Phil dit :

    @ Rahamim ~

    La différence ne doit pas être si énorme que ça.
    Soif de pouvoir, d’argent, de (…), politique, corruption…
    Kif-Kif :? Rien de nouveau sous le soleil.
    Ah si… Aujourd’hui on a l’ADSL haut-débit, c’est vrai.

  5. Phil dit :

    Non, les gâteaux c’est pas bon pour la ligne.

    Moi je termine le jeûne avec un ch’ti Calva.

    Dans une grande choppe, du 76° cul-sec ;-) tant qu’à faire …

  6. grandpas dit :

    Unch’io geniévre du Wambrechie à ‘ t santé biloute!

  7. Yehoudi dit :

    moi le genièvre je l ‘aime bien en grains dans la sauerkraut

  8. Phil dit :

    Ouh là là Yehoudi :!: :!: :!: Hamantaschen… Sauerkraut…

    t’as vu du pays :-D toi !!!!!!!!!!

Laisser un commentaire