La Parasha de la semaine : Noa’h

Source : site du magazine Kountrass

« Noé fut un homme juste, irréprochable, entre ses contemporains » (Béréchith/Genèse 6,9). La redondance des termes Tsadiq, juste, et Tamim, irréprochable, demande à être comprise (cf. Rachi ad loc.). 

 

Le Maharil Disqin explique que le terme Tsadiq qualifie la retenue face à une bascule de la génération dans la recherche des plaisirs sans fin. C’est dans ce sens que Yossef, qui a résisté aux incitations à la débauche de la part de la femme de Potiphar, est qualifié de Tsadiq. 

 

Le terme de Tamim, qui signifie droit, irréprochable, porte plutôt sur une résistance face à une érosion du niveau spirituel, quand l’humanité refuse au Créateur toute place dans le monde, que D. nous en préserve. 

 

Le verset de présentation de la personnalité de Noa’h, en cette introduction de la Paracha le concernant, fait allusion aux deux périodes qu’il a vécues : la première est celle de la génération du Déluge, où l’humanité s’enlisait dans la permissivité totale dans le domaine des plaisirs charnels, brisant toutes les limites et rejetant toutes les conventions traditionnelles. Noa’h résiste à ces tentations, et reste Tsadiq dans sa génération, le juste qui ne pèche pas. 

 

Noa’h vécut une seconde période, durant laquelle le problème touchait à la sphère spirituelle : l’humanité refusait une direction qui lui serait imposée d’En-haut, et pensait s’émanciper de la Providence divine en créant une société nouvelle, refermée sur elle-même et refusant toute influence extérieure. C’est la génération de la Tour de Babel, que le Créateur punira justement en brouillant les moyens de communication entre les hommes, ce qui provoquera leur dispersion à travers les continents. 

 

Noa’h est resté droit même en cette génération-là, qui remettait pourtant totalement en question les fondements du monde et de la Présence divine sur terre. 

 

De là donc cette redondance apparente, qui rappelle en fait les deux sortes d’épreuves que Noa’h a surmontées.

J’en profite, vu que cela ne vous fera pas de mal, pour mettre la Parasha Béréshit, que j’ai lamentablement oublié de mettre la semaine dernière…

Les livres saints (Zohar ’Hadach sur Béréchith) décrivent Adam haRichon et son épouse comme redoutant d’être rejetés à tout jamais après leur faute, pleurant sur leur erreur et se repentant de l’avoir commise. D‘ a accepté leur repentir et leur a ajouté un jour de Son existence, si l’on peut s’exprimer ainsi, qui correspond à mille ans de vie de l’homme. 

 

La Guémara (’Erouvin 18b) affirme qu’Adam s’est investi de manière remarquable dans son repentir : « Adam, le premier homme, était un grand ’hassid… Il resta cent cinquante ans plongé dans le jeûne…» 

 

Or la Guémara elle-même déclare que la Téchouva est capable d’annuler les décisions divines prises à l’égard de la personne (Roch haChana 17a). Pourquoi dès lors, demande le rav Tsadoq haKohen de Lublin (Pri Tsadiq, Béréchith, 8) , leur repentir n’a-t-il pas été agréé totalement ? Ils ont été évincés du Gan ‘Eden et n’ont plus eu droit à cette proximité extraordinaire avec le Créateur. 

 

C’est que, répond cet auteur, la faute d’Adam et ’Hawa ne peut être comparée à une autre : elle a signifié un changement de nature, de catégorie, dont souffriront dorénavant les hommes. C’est l’intervention du Serpent dans cette faute qui a précipité l’humanité dans une nouvelle condition : alors qu’auparavant l’homme dominait ses sentiments, à présent les plaisirs matériels prennent place dans son cœur. L’homme ne peut plus juger objectivement, ses sens prennent dorénavant part aux conflits et s’imposent dans ses conclusions. 

 

A l’avenir, il n’y aura plus que quelques rares exceptions pour échapper à cette confusion, tel notre ancêtre Ya’aqov (cf. Rachi Wayéchev, 29,21), sur lequel les plaisirs du corps n’avaient aucune influence, au même titre que Adam et sa femme qui n’avaient aucune honte de leur nudité. Le mal restait alors extérieur à eux. Rabbénou haQadoch fera aussi partie de ces hommes arrivés au plus haut niveau possible. 

 

La faute d’Adam et ’Hawa a été pardonnée, et ils vivront jusqu’à mille ans. Mais le mal est fait, et leur vie est dorénavant troublée par la confusion entre le bien et le mal. Seule la mort permettra d’arriver à une distinction claire du bien et du mal. C’est donc, à partir d’eux, la nouvelle condition humaine qui prend place, où le bien et le mal sont intimement liés. Aucun repentir ne pouvait sauver l’homme de cet état de fait ; seul un intense travail sur soi peut permettre à certaines personnalités notoires de repousser le mal qui s’est installé en l’homme, et de retrouver le niveau de Adam avant la faute.

Une réponse à “La Parasha de la semaine : Noa’h”

  1. Joel dit :

    Que signifie le mot « homme » ?

    Ce terme, explique Rav Moshé Feinstein z.ts.l, souligne que Noa‘h était un homme, pas un enfant – et donc un être mature et stable. Pour être Tsaddik, il faut d’abord être un homme. Il faut être intelligent et clairvoyant, posséder du bon sens et un jugement droit. Autrement, la vertu sera instable .

    Hélas ,cen’est pas de moi , la suite…
    http://halahayomit.blogspot.com/2007_10_01_archive.html

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