Article paru sur Cyberpresse.ca
Oubliez Matisyahu. Bien avant le reggaeman hassidique - qui était à Montréal jeudi il y avait David Lazzar, le rabbin heavy metal.David Lazzar, avec deux z - comme dans Ozzie! - est un des plus beaux excentriques de Montréal. Dans la vraie vie, il est rabbin. Quatre fois par semaine, il va dans les écoles du West island pour enseigner la Tora à des ados juifs. Et les convaincre que la religion, ça peut être cool.
Mais dans ses temps libres, il chante du rock.
Vous avez bien lu. Avec une cassette, deux CD et plus de 10 ans de carrière sous sa kippa, David Lazzar est LE pionnier de ce qu’on pourrait appeler le «metal kasher», un style qui allie la musique trash et les préceptes judaïques.« Je sais ça paraît contradictoire, mais l’important au fond, c’est que mes textes restent propres «, explique le sympathique hassidim de 36 ans, rencontré dans une pizzeria kasher de NDG. « Je parle du messie, de mon peuple, de la foi. J’essaie d’envoyer une énergie positive et de parler aux kids, tu comprends? «
On s’en doute: ce n’est pas tout le monde qui apprécie. Si les jeunes y voient une façon intéressante d’interpréter la religion juive, les plus orthodoxes acceptent mal les « déviances « de celui qu’on surnomme le « rock’n'rabbi «. Surtout quand il se pointe à la synagogue sur sa grosse Harley Davidson!
«C’est vrai, les vieux rabbins n’aiment pas beaucoup ce que je fais, admet David. Sauf pour une chose. Une seule: je suis capable de ramener les kids vers leurs racines. Certains savent à peine ce qu’est un rabbin.»
Soit dit en passant, David Lazzar est un hassidim de la branche lubavitch - ce qui lui laisse plus de corde. Rien à voir avec les messieurs à boudins du quartier Outremont: les lubavitch ne sont pas refermés sur eux-mêmes, mais ouverts sur le monde exterieur. « En plus, les lubavitch sont les seuls à boire de l’alcool, souligne David en souriant. Je dirais même que c’est quelque chose de fondamental pour nous. Le matin après la prière, hop! un petit verre. Et après au boulot! «
Pour la petite histoire, David Lazzar n’a pas été élevé dans l’orthodoxie juive. Ado, il écoutait Kiss, Metallica et Megadeth. C’est à 18 ans qu’il a son « réveil spirituel «, auprès du grand rebbe Schneerson. Il part étudier dans une yeshivah (école «toranique») en Israël et commence à faire du rock, en marge de son apprentissage. La vocation et la passion seront désormais menées de front…
Malgré son concept unique, le « rock’n'rabbi « n’est jamais sorti de l’underground. Son groupe, entièrement formé d’hassidims, est basé à New York. Ce qui rend les spectacles plus compliqués à organiser. Il n’a pas d’agent et produit ses disques à compte d’auteur.
Le succès de Matisyahu lui ouvrira-t-il des portes? « Sa réussite est une bonne chose, répond David Lazzar. Mais sa musique est beaucoup plus accessible que la mienne. Nous vivons dans deux mondes différents… Sauf maintenant, les gens vont dire que je l’ai copié. Heureusement, personne ne connaît Matisyahu dans le circuit heavy metal… Pour mon public, je suis encore une nouveauté.»